Chapitre 2


  • Mes yeux s’ouvrent.
    La lumière filtrée par les rideaux est tout de même trop forte pour ma vision tout juste réveillée. Je me suis encore endormi torturé par mes pensées résolument négatives.

    C’est comme si j’avais la gueule de bois, une énorme gueule de bois. Comme si je ressentais les méfaits de l’alcool sans avoir précédemment eu la chance de profiter de ses bienfaits, de ce petit côté euphorisant et effaceur de mémoire. Car, le problème, c’est que je me souviens de tout.

    Je n’ai pas pleuré, mais mes yeux me font mal comme si un torrent de larmes avait jailli de mes orbites. Cette sensation de picotements intenses. J’ai pourtant dormi comme il fallait.

    Je ne sais pas comment je vais affronter cette journée. Je ne sais pas comment je vais LES affronter.

    Après ma scène d’hier et l’entrée de ma mère dans ma chambre alors que je fêtais mon anniversaire tout seul.

    Je tourne la tête vers la droite et je vois la pile de vêtements que ma mère m’a apportée hier soir et qu’elle a laissée là, pour que je puisse la ranger moi-même.
    La simple vision de ce tas (de vêtements) me fait penser à cette scène pour le moins humiliante pour moi et qui a semblé
    ne donner qu’une simple indifférence à ma mère.

    Je ne sais pas comment réagir face à ça.
    Je n’ai jamais su réagir à ce genre de choses provenant de ma famille. La maladresse de ma mère concernant ces sujets.
    L’indifférence de mon père, terrible.
    Ma sœur, faisant tout pour me tourner en dérision dans ces moments-là.

    C’est peut-être ça que je comprends le moins.
    L’acharnement de ma sœur à me rabaisser, à me faire culpabiliser.
    Comme si ce que je vivais n’était pas suffisant. Voire pire, comme si mes craintes de trop en faire concernant mon malheur étaient fondées.
    Je ne sais pas où elle veut en venir. Je ne sais pas si tel est son plaisir de me voir souffrir encore et encore en faisant en sorte de participer à ces souffrances.

    Enfin bref, je ne vais pas une nouvelle fois ressasser ça, surtout que ma sœur ne devrait pas tarder pour venir me « réveiller ».
    Le plus important est de savoir comment je vais affronter ça. Son attaque du jour et la réaction que je dois avoir devant ma famille à propos de ce qu’il s’est passé hier.

  • J’entends comme gigoter sous mes draps. Même si je plante le chapiteau le matin comme la plupart des hommes normalement constitués, ça me paraît beaucoup comme bruit de drap alors que je ne bouge pas.
    Ça a l’air de se rapprocher de moi.

    *SCROUITCH*

    Comment ça, scrouitch ?
    Je n’ai pas le temps de finir cette pensée qu’un énorme cri sort de ma bouche.

    Je sors de mon lit et je ne peux m’empêcher de sortir un deuxième cri en voyant la scène se déroulant sous mes yeux. Non, mais sérieux, c’est quoi ça ?
    J’ai bien une idée, mais je n’ai pas envie d’y croire.

  • Nekogami no tabi



    Chapitre 2



    ~ Histoire d'un suicide non prévu raté ~

  • Je fonce vers la chambre de ma sœur juste à côté, car ça ne fait aucun doute que ce « cadeau » est de sa part. Ni une ni deux, je frappe à sa porte comme un demeuré.

    - Narakuuuuu !!
    - Oui, j’arriiiive.

    La porte s’ouvre devant ma sœur en train de se brosser les dents.

    - Tiens, onii-chan.
    - Et tu t’attendais à qui d’autre ?
    - Je sais pas, maman, papa, le prince charmant, Jun Maeda…
    - Arrête, tu sais très bien que ça allait être moi !
    - Effectivement. Non, mais…
    Elle fait même pas semblant.
    Elle baisse son regard en direction de mon caleçon.
    - Héééé, regarde pas !
    Je tente de mettre mes mains devant mon caleçon, mais je les retire direct.
    - Je vois que tu as fait la connaissance de Pupuce.
    - Pupuce ?
    - Oui, c’est une femelle, ça devrait te plaire qu’elle te « croque » à cet endroit-là.
    - Mais c’est… mais… c’est…
    - Un iguane oui, tu as vu juste.

    Hé oui, un iguane femelle de taille plus qu’imposante me tient… me tient… par là où vous savez, faites pas comme si vous saviez pas. Et ça fait mal, comme vous pouvez vous en douter.
    Passée la surprise, la douleur revient forcément.

    - Et pourquoi Pupuce me mord… me mord… là !
    - En fait, c’est un peu la mascotte de notre fac et son vivarium s’est cassé hier, par accident…
    - Par accident ?
    Je sens que ça va me plaire.
    - Il paraîtrait qu’un étudiant aurait lancé une chaise dessus. On cherche encore les preuves. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que j’ai le criminel en face de moi.
    - Le fait est qu’il fallait quelqu’un pour la prendre chez lui la pauvre petite.
    Elle caressa d’un doigt la tête de Pupuce qui se mit automatiquement à serrer plus fort.
    - Gnnnnnnn !
    - Mince, j’avais oublié, elle est très susceptible et déteste qu’on la touche.
    - Tu l’as fait exprès !
    Une petite larme commence à perler au bord de mon œil gauche.
    - Meuh non, comment tu peux penser ça de moi ?
    Mais pourquoi cette chose reste accrochée à moi comme ça ?
    - Je crois qu’elle t’aime bien. Vous formez un beau couple. Un petit sourire vient illuminer son visage.
    - Toiiiii !
    Je commence à m’avancer pour essayer de l’attraper. Elle avance son pied pour toucher Pupuce qui, de nouveau, réagit de façon peu agréable.
    - Mais c’est pas possible !
    J’ai envie de me tordre de douleur, mais si je touche Pupuce, c’en sera fini de mon… de mon… m’voyez quoi.
    - Et pourquoi tu te brosses les dents dans ta chambre d'abord ?
    - Parce que je ne voulais pas rater ce moment.
    - Alors c’est bien toi qui as fait ça ! Un coup de brosse à dents.

  • - J’ai pas dit ça.
    - Maaaiiis !!!
    Je me suis mis à gigoter de rage ce qui a rendu Pupuce folle de rage.
    - AAAAAAAAHHHH !!!
    - Si t’arrêtais de bouger déjà…
    - Je te hais !
    - Merci. Atta, je vais essayer de l’enlever.
    Elle se met à genou pour être au niveau de mon… de mon… de Pupuce.
    - Hum… comment je vais m’y prendre...
    - Me regarde pas comme ça !
    - Faut bien que je regarde quand même, dit-elle avec un énorme sourire.
    - Et si j’essayais de souffler dessus.
    - Quoi ?!
    Et elle commence à souffler. Son souffle chaud atteint Pupuce et plus que ça encore. Et pourquoi je rougis bordel !
    - Non, ça marche pas, va falloir tirer.
    - Mais t’es folle ?

    C’est à ce moment-là que j’entends quelqu’un monter les escaliers.
    - Qu’est-ce qu'il se passe ?
    Ma mère... manquait plus qu’elle.
    - Rien, rien ! crié-je.
    - Mais si, j’ai entendu des cris.
    - Mamoru s’est trouvé une copine !
    - Mais quoi ?!
    - Ah bon ?
    Bien sûr, j’ai trouvé une copine dans la nuit en dormant, tiens.

    Ma mère arrive en haut de l’escalier et, forcément, découvre la scène.
    - Mais c’est… ?
    - Pupuuuuuce ! hurle ma sœur en levant les bras au ciel.
    Pupuce a adoré recevoir 180 décibels direct en pleine tête, je le sens.
    - AAAAAAAHHHHHH !!!!
    - Et c’est… ?
    - Un iguane, oui. La pauvre, il fait lui trouver un abri pendant qu’on reconstruit son vivarium. Magnifique tête de chien battu.
    - Ah, c’est bien que tu te sois portée volontaire pour aider cet animal.
    - Bah oui, dit ma sœur en caressant l’iguane comme si on caressait un chiot.
    - La caresse pas, la caresse pas, pitiéééééé !!
    - Elle est restée accrochée à Mamoru ?
    - Oui, on dirait qu’elle l’aime bien.
    - Je vais regarder.

    Et voilà ma mère qui se met à genoux devant moi pour voir la situation de plus près. Ma mère et ma sœur au niveau de mon… de mon… AAAAAAAHHHHHH !!!
    - Si on pouvait régler ça vite, ce serait sympa. J'en peux plus.
    - Faut prendre des précautions quand même, tu veux avoir des enfants un jour ?
    - Merci d’avoir posé cette question sœurette. QU’EST-CE QUE ÇA VIENT FAIRE ICI ?!
    - Oh là là, t’énerve pas.

    Une autre personne monte l’escalier.
    Ce n’est bien sûr ni plus ni moins que mon père.

  • De toute façon, il ne restait plus que lui.

    - Alors, qu’est-ce qu’il se passe ?
    - Eh bien viens voir ici, il ne manquait plus que toi, dis-je nonchalamment. Je n’ai jamais été aussi dépité.

    Et donc, se retrouvent, devant moi, au niveau de… hum, ma sœur, ma mère et mon père. Charmant.

    - Bon, dans ces cas-là, une seule solution, dit mon père.
    - Laquelle ? demande ma mère.
    - Il n’y a qu’une chose à faire lorsqu’un iguane tient sa proie. Proie ?
    - J’ai lu ça dans un livre. Il faut tirer. Tu parles d’une méthode toi.
    - Non non non non non !
    Comme vous le voyez, je suis plutôt contre cette idée.
    - Chérie, je te laisse le faire, ce sera plus doux avec toi.
    Comment ça plus doux avec elle ? Tu te rends compte de ce que tu viens de dire ? On parle de ma mère retirant un iguane de mon…
    Ma mère met ses deux mains autour de Pupuce qui resserre encore plus son étreinte sur moi.
    - Nooooonnnnnn
    Ça y est, je pleure.

    *SCRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII*
    Sans prévenir, ma mère tire, de toutes ses forces.

    Je lève les yeux au ciel, mais ils ne trouvent que le plafond en retour. Je deviens tout rouge et une larme vient couler sur mon visage.
    - AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  • Je vous conseille de ne jamais vivre ça.

    - Je vous déteste ! Direction ma chambre.
    *CLAC*
    Je ferme la porte d’une telle force que la maison en tremble. Je suis rouge de colère, mais…
    Mais… bizarrement, l’atmosphère semble plus détendue maintenant. Comme si ce petit passage avait tout d’un coup démêlé la situation.
    Un petit coup d’œil sur le tas de vêtements me crispe un peu quand même, mais moins qu’auparavant.

    Après m'être remis de mes émotions, je descends vers la cuisine pour prendre mon petit déjeuner, en espérant avoir quelque chose à me mettre sous la dent aujourd’hui.
    J’ouvre le frigo, pas de lait. J’ouvre les placards, pas de lait, pas de quoi grignoter. C’est pas possible…

    - Y a encore rien à manger, dis-je d’un ton sec.
    - Je vais faire les courses ce soir, répond ma mère.
    - Eh bien, il serait temps.
    - D’ailleurs, j’ai besoin de quelqu’un pour m’aider à porter les sacs.

    Oups, c’est le moment de décamper pour éviter d’être de corvée. S’il y a bien un truc que je déteste, c’est bien faire les courses. Surtout avec ma mère qui ne sait pas choisir et qui a besoin de quelqu’un pour l’aider sinon elle achète n’importe quoi.

    - Mamoru ?
    Je ne bouge plus, mon corps s’est arrêté.
    Je coupe ma respiration, des fois que ça me fasse disparaître.
    - Tu viendras m’aider à la sortie des cours ?
    *gloups*
    - C’est vraiment nécessaire ?
    - Oui, je ne pourrai pas tout porter toute seule. Ta sœur sera à son club et ton père ne sera pas rentré du travail. En plus, tu pourras choisir ce que tu veux manger ce soir et pour le petit déjeuner.
    Merde, coincé. Elle est trop forte, elle avait tout prévu.
    - D’accord, mais pas trop longtemps, OK ?
    - On verra bien le temps qu’on mettra.
    Petit hochement de tête sur le côté et sourire de circonstance. Je déteste quand elle fait ça…

    Donc corvée de courses ce soir, youpi. Avec ma mère, double youpi.
    Je ne sais pas ce que je préfère entre rentrer à la maison ou faire des courses avec elle. Mon cœur balance. Elle parle pas, elle sait pas choisir, elle peut pas porter les sacs…

    Bon, c’est pas la joie, et en plus, c’est l’heure d’aller au lycée.
    Pas de petit déjeuner ce matin, ça va être dur en cours. Et je vais devoir batailler à la cafète pour avoir de quoi manger. Ça aussi je déteste. En fait, il serait plus facile de lister ce que j’aime, ça irait plus vite.

  • C’est donc le ventre vide que je pars vers l’école.
    Et comme tous les matins, je croise encore Kazumori.
    Je ne vais pas vous la refaire, mais c’est du même style qu’hier.
    Il arrive, blablate, Setsuna arrive aussi charmante qu’un buisson de ronces et ils s’en vont. Je n’apprécie pas Setsuna plus que ça, mais, au moins, elle me débarrasse de l’autre.

    Les heures de cours avant la pause déjeuner sont difficiles, je suis à deux doigts de mourir.
    Il faut savoir que je suis loin d’être productif sans repas dans l'estomac, c’en est même désespérant. Je suis une grosse larve sur mon bureau, à la limite de la cataplexie. Et les profs le remarquent très bien et adorent jouer avec ça.

    - Yôma !
    - Mooouuuaaaiiis…
    - ça ne va pas ?
    - Si, ça va…
    - Tu vas donc pouvoir venir au tableau répondre à ce problème. Arf, les maths. Le ventre creux, c’est juste impossible.

    Me voilà devant le tableau, avec une énorme équation à résoudre.
    On peut voir une goutte de sueur glisser le long de ma joue, mes sens et mes neurones sont au maximum de leurs possibilités. Malheureusement, ils n’ont pas beaucoup de possibilités quand je suis comme ça.
    Mon cerveau tente désespérément de comprendre ce qu’il est écrit au tableau.
    Je plisse les yeux, comme s’il y avait quelque chose pour m’aider entre les chiffres et les lettres de l’équation, comme si la solution allait s’afficher en transparence derrière le tableau.

    Soudain, deux neurones se réveillent et trouvent la solution. Pur miracle.
    L’éclair de génie.
    Pas peu fier de moi, je commence à gratter la craie sur le tableau. Je finis d’écrire le résultat.
    Je jette la craie sur le porte-craies et je tape dans mes mains de satisfaction et pour enlever le peu de craie qui traîne dessus.

    - Et voilà ! crié-je de fierté.
    - Tu es sûr ? me demande le prof.
    - Bah oui…
    - 7 + 5 = ?
    - Bah 13, pourquoi ?
    - Tu es sûr ?
    - Oui.
    Qu’est-ce qu’il a à me demander ça ? Bien sûr que 7 + 5 ça fait 13, tout le monde le sait. Je hausse la tête de pouffitude.

    - Attends.
    Le prof m’arrête dans mon élan.
    - Aux dernières nouvelles, 7 et 5, ça fait 12.
    *gloups*
    Rire de la classe.
    Mon moment de gloire se transforme en honte.
    - A-Ah oui… dis-je en frottant l’arrière de ma tête de la main.
    - Faudra me réviser ça, hein. Tu peux retourner t’asseoir, Yôma… Le prof semble dépité et la classe continue de glousser.

    Je retourne à ma place la tête bien profondément cachée entre mes épaules.

  • Ne plus jamais me poser de questions quand je suis dans cet état. PLUS JAMAIS.

    Le temps jusqu’au déjeuner me semble infini.
    On dit que le temps est relatif à notre activité, je le confirme.
    En plus d’avoir une faim de loup, les railleries de mes joyeux petits camarades me déplaisaient au plus haut point. Vite, à manger !

    La cloche sonne, le moment de délivrance est arrivé !
    Je commence à prendre mes jambes à mon cou lorsque le prof détruit mes espoirs d’avoir un bon truc à la cafète.
    - On se rassoit ! Ce n’est pas la cloche qui indique la fin du cours, c’est moi !
    Non, mais, c’est quoi cette phrase clichée sortie sûrement du film qu’il a vu hier soir ? Raaaaah, j’en peux plus…

    Je suis limite en train de croquer mon bureau pour remplir mon ventre. Mon livre d’histoire contemporaine ne m’a jamais semblé aussi délicieux. Allez, finis-la ta phrase sur la crise de 29 ! On a de quoi manger maintenant !

    À peine dit-il que le cours est terminé que je me précipite vers la cafétéria. Arrivé là-bas, ma mine s’est vite déconfite.
    Tout ce qui est bon est déjà parti. Il ne reste que les choses sans intérêt. Mais bon, quand on a faim, on sait se contenter de ce que l’on a.
    Je mange quand même avec appétit puisque je n’en ai quasiment jamais eu autant.
    Setsuna me nargue dehors avec son pain au melon. Oh la s… !

    Je retourne en classe et j’ai encore faim. Je n’ai pas apporté assez d’argent pour un deuxième service. Misère…
    Les cours de l’après-midi sont un supplice, je hais la littérature, j’ai horriblement faim et la perspective d’aller faire les courses avec ma mère me rend fou.
    Aucune question ne m’est posée pendant l’après-midi, heureusement. La fin des cours sonne enfin, c’est le soulagement. Ou presque.
    Direction le supermarché non loin de chez nous pour y retrouver ma mère.

    - Ah, te voilà.
    Ma mère m’accueille, toujours avec son petit sourire.
    Nous rentrons dans le supermarché et commençons à faire les courses. C’est avec bonheur que je prends de quoi manger le matin. Je ne partirai pas le ventre vide demain !
    *grooouuuhooouuuhooouuuhouhou*
    - Oh, tu as faim ?
    Ma mère est tellement perspicace…
    - Non.
    - Ah, je croyais.
    - Mais bien sûr que j'ai faim *facepalm*
    - Tu as faim ou tu n’as pas faim ?
    Je prends un paquet de gâteau et tente de l'ouvrir pour lui montrer la vérité. Elle me prend le bras.
    - Ah non ! Tu le sais, on ne mange pas entre les repas !
    - Mais...
    - La règle est la règle.
    Fichue règle. Ma mère refuse que nous mangions entre les repas. Seuls les repas sont faits pour manger. On croit rêver. Qui empêche ses enfants de manger quand ils ont faim ? Et moi, j'ai super faim là...
    Tant pis, ma mère est intransigeante en ce qui concerne certaines règles, ce qui est assez étonnant. On dirait un robot de ce côté-là. Rien ne doit déroger aux règles qu'elle nous impose. Elle s'en fout du reste, mais reste étonnamment cartésienne et rigide en ce qui concerne certaines choses.

  • Nous finissons les courses tranquillement, nous passons devant les rayons et nous mettons les produits dans le caddie sans que je puisse y toucher...
    Malheur, je n'ai jamais eu autant faim...

  • Nous rentrons tous les deux à la maison.
    À peine la porte est ouverte que nous entendons le cri de ma sœur.

    - MAIS OÙ T’ETAIS PASSE ?

    Je la vois courir vers nous, et au moment où elle arrive à notre niveau, je me baisse pour enlever mes chaussures.
    - On était partis faire les…
    Pas le temps de finir la phrase.
    *CHBONG*

    J’écarquille les yeux.
    Ce n’est pas sur moi que s’est abattue la fureur divine. Ou plus exactement, y a eu comme qui dirait méprise.
    Ma sœur, emportée par son élan, a voulu me frapper moi, sans savoir que notre mère se trouve derrière moi. Du coup, c’est elle qui a pris.

    Je remonte ma tête et mes yeux pour voir l’étendue des dégâts. Oui, ma mère a pris. Cher.

    Très exactement ? Une poêle. En pleine tête.

    Je ne peux m’empêcher de me tordre de rire.
    C’est méchant, je sais, mais pour une fois que ce n’est pas moi…

    - Mais… mais…
    Ma sœur n’en croit pas ses yeux. On dirait qu’elle vient de tuer quelqu’un.
    - Je… je ne voulais pas faire ça !
    - C’était bien parti pour que tu me le fasses à moi ! Lucky !
    - Arrête de rire, c’est pas drôle !
    - Oh si, très.

    *CHBONG*
    Un coup sur ma tête.

    - Qu’est-ce que t’es susceptible !

    *CHBONG* Deuxième coup.

    - Eh, mais !

    *CHBONG* *CHBONG* *CHBONG* Me voilà KO.

    - Maman, ton nez saigne !
    Ma mère se touche le nez pour vérifier.
    - Ah oui, tu as raison. Ce n’est pas grave.
    - Ah ah ah, mais si ! Je vais chercher la trousse de secours pour te soigner !
    - Et moi, non ?
    - Tu peux crever, toi !
    Merci, c’est très sympathique, vraiment.

  • Une fois les idées de tout le monde remises en place, nous pouvons dîner.
    Et pour la première fois depuis longtemps, j’apprécie ce repas, car je me fous bien de la gueule de ma sœur. Pour une fois que c’est dans ce sens-là, autant que j’en profite !

    Fait incroyable, je ne vais pas m’endormir avec des idées noires…
    Je me mets dans mon lit et mes yeux se ferment sur une douce euphorie.

  • *FLAP* *FLAP* *FLAP*
    Je me réveille brusquement avec ce son.
    Je me lève, mais je me prends quelque chose en pleine tête.

    - Debout, onii-chan !

    *BLAF*
    Je reçois comme le bout d’un bâton dans le bas-ventre.

    - Bouarrrrrh ! Mais qu’est-ce tu fais encore ?
    - Ils annoncent une tempête pour la nuit prochaine ! Mais on ne sait jamais, elle peut arriver plus tôt !

    *FLAP* *FLAP* *FLAP*
    - Tu sais que ça porte malheur d’ouvrir un parapluie dans une maison, surtout dans la tête des gens ?
    - Allez, lève-toi et n’oublie pas ton parapluie !

    *SBLONG*
    Et un parapluie dans la tête, un !
    Même pas la motivation pour courir ce matin, je la donne vainqueur d’office. Je me lève, me douche, mange et pars pour l’école.
    Curieusement, je ne croise pas Kazumori.

    La journée est donc plutôt calme, Kazumori semble absent ce qui est une bonne nouvelle pour moi. Arrive le dernier cours de la journée.

    Au beau milieu du cours, le ciel se noircit brusquement.
    Les gouttes de pluie commencent à se faire entendre sur les fenêtres et sur le sol.
    La météo a une fois de plus sous-estimé la nature. La tempête a l’air d’être en avance sur l’horaire prévu.

    Je tourne la tête vers la fenêtre pour me rendre compte du véritable déluge qui est en train de s’abattre.
    Le vent est aussi de la partie et ne ménage pas sa peine pour démontrer à quel point le chaos peut arriver vite et peut être brutal.

    La cloche sonne. La journée est enfin finie.
    Sauf que, pour une fois, je n’ai pas tellement hâte de sortir de l’école.
    Surtout que, à cause de la tempête, le gérant du game center risque de l’avoir déjà fermé. Il va donc falloir que je retourne directement à la maison sous la tempête. Ô joie.

    Je descends vers la sortie du bâtiment et je vois les élèves partir de l’établissement suivant les moyens à leur disposition. Et on voit tout de suite qu’ils n’ont pas tous pensé à prendre leur parapluie ou autres vêtements antipluie.
    Certains ont leur parapluie, qu’ils partagent ou non avec d’autres qui sont bien heureux d’avoir un ami en possédant un, d’autres essayent de s’abriter tant bien que mal sousleur cartable ou leur veste.

    Pour une fois, je suis bien content que ma sœur m’ait grondé ce matin et m’ait jeté le parapluie à la figure. Une fois n’est pas coutume hein…

    J’attends quand même que le gros des élèves parte, je n’ai pas envie de me retrouver avec un boulet au pied. Je ne sais pas vraiment pourquoi je fais ça, je ne pense pas qu’un élève veuille de mon parapluie et surtout de moi à côté.
    Je décide donc de sortir de sous l’allée couverte après tout le monde et j’ouvre mon parapluie d’un geste.

  • - Yô… Masata !!! hurle une élève derrière moi. Attends-moi !!!
    Je reconnais cette voix, mais je me retourne quand même histoire d’avoir une confirmation. D’un regard de tueur, je vois Setsuna se précipiter vers moi.
    - Bon, je sais que ça va te faire super plaisir, dit-elle.
    - Non. Mais vas-y, dis toujours.
    - J’ai pas mon parapluie et j’habite pas loin, tu veux pas m’accompagner ? Petit sourire de circonstance.
    - Est-ce que j’ai vraiment le choix ?
    - Cache ta joie, hein. Alleeeeeez !!
    Comme le mouton se jetant dans la gueule du loup, j’accepte sa proposition.
    - Bon, OK. Mais que ça devienne pas une habitude…
    - Ouiiiii !

    Elle agrippa mon bras pour être sous le parapluie.
    - Heu… je te gêne pas trop ?
    - Et comment veux-tu que je fasse ? Faut bien que je sois sous le parapluie aussi… Si c’est pour marcher à côté du parapluie, autant que j’y aille toute seule.
    Ce petit voyage va être génial.

    Elle m’indique au fur et à mesure de notre épopée le chemin que l’on doit suivre pour aller chez elle. Je me rends rapidement compte que c’est pas si près que ça…
    - C’est ça que t’appelles « pas loin » ?
    - Je t’aurais dit où c’était, tu aurais refusé, n’est-ce pas ?
    - Tu m’étonnes…
    - Allez, me dis pas que tu n’es pas content d’avoir une si jolie fille accrochée à ton bras.
    - Une jolie fille, ça aurait été bien, mais toi…

    *CHBOING*
    Et un coup de sac, un !

    - Aïeeeeeuuuuuh ! dis-je en me frottant la tête.
    - Ça t’apprendra ! Et pis, t’étais bien amoureux de moi à une époque, non ? Cette seule phrase a suffi à me faire devenir rubicond.
    - Bah parlons-en, oui. Tu m’as bien jeté en beauté !
    - Roh, tout de suite…

  • Effectivement, à une époque, il y a un peu moins d’un an, j’étais tombé amoureux de Setsuna. C’était peu avant qu’elle ne fasse partie du groupe de Kazumori.
    Il faut dire qu’il y a de quoi tomber amoureux d’elle. Du moins, à l’époque. Très belle, très intelligente, elle faisait et fait toujours partie des meilleurs élèves du lycée. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, mais elle a ce petit côté « mignon et rassurant ».
    Bon, ça, c’était avant le drame.

    Prenant mon courage à deux mains, j’avais décidé de lui dire que je l’aimais et lui demander si elle voulait bien sortir avec moi. Connaissant un peu son caractère, je peux vous dire qu’il fallait en avoir du courage, j’en avais vu plus d’un se faire laminer comme des moins que rien…

    C’était à la pause de midi, elle était assise sur un banc pour manger.
    Je me suis avancé vers elle en avalant un peu de salive, mon cœur battait la chamade. Une goutte de sueur commençait à glisser le long de ma joue malgré tous mes efforts pour éviter de suer.

    - Se-Setsuna ?
    - Moui ? répondit-elle en arrachant un gros bout de son pain au melon.
    - Je peux te parler ?
    - Tu peux toujours essayer, on verra bien si ça m’intéresse ou pas, me dit-elle en me regardant de façon désintéressée. Premier contact : froid.
    Ça va pas être facile facile…
    - Tu manges toujours toute seule comme ça ?
    - Oui. Je n’ai pas beaucoup d’amis et je déteste la cafétéria. J’aime bien être ici assise sur ce banc, sous les arbres. J’aime le vent soufflant doucement et remuant les branches des arbres. J’aime ce bruit apaisant qui remplace le brouhaha habituel des élèves. C’est encore plus joli lorsque les cerisiers sont en fleurs…

    Je ne m’attendais pas à ça pour tout dire. Qu’elle se confie comme ça à moi a provoqué une sensation bizarre chez moi. Je ressentais comme de la mélancolie dans sa voix et ses paroles. J’étais presque… triste pour elle.

    - Pourquoi n’as-tu pas beaucoup d’amis ? Tu ne sembles pas inamicale, du moins pas autant que moi…
    - Tu sais, les gens n’aiment pas qu’on leur dise ce que l’on pense vraiment d’eux…
    - Eh bien, si tu ne fais que les critiquer…
    - Même pas. À la moindre phrase de travers, les gens se braquent et t’en veulent, sans raison aucune. De plus, je considère qu’une critique est toujours bonne tant qu’elle reflète la vérité. Je ne fais que dire la vérité, rien de plus. Et j’accepte qu’on fasse la même chose pour moi. On me reproche ma froideur et mon manque de tact, j’en suis consciente et j’essaye de changer ça. Mais ce n’est pas facile. Il faut aussi savoir accepter les autres comme ils sont. Je n’ai pas de problème avec ça, ce n’est pas parce que je critique que je n’accepte pas les gens tels qu’ils sont. Alors il faut m’accepter tel que je suis.
    Elle prit une grande inspiration.
    - Mais les gens n’en sont pas capables apparemment… Elle me fixa.
    - C’est pas toi qui devais causer ?

    Je buvais tellement ses paroles quand j’en avais oublié la raison première de ma venue.
    Mais ce n’était pas plus mal puisque j’allais pouvoir me servir judicieusement de ce qu’elle venait dire.

    - Ah oui. Excuse-moi.
    - Je t’écoute.
    - Voilà, moi, je t’accepte tel que tu es.
    - Tu voudrais qu’on soit amis ? Ça avait l’air de la surprendre.

  • - Pas tout à fait. Je te trouve très jolie, ton caractère me plaît beaucoup. J’adore ton côté « je dis tout », tu n’es pas comme les autres, à cacher tes sentiments et à jouer les hypocrites. Tu joues cartes sur table et je trouve ça dommage que les autres te fassent payer ça.
    - Je ne vois pas où tu veux en venir…
    - Eh bien… comment dire… ça fait déjà un moment que j’y pense, à chaque fois que je te vois. Je suis amoureux de toi. Et je me demandais si tu voudrais bien sortir avec moi.
    Je l’ai dit, JE L’AI DIT.
    Je n’ai jamais été aussi rouge de toute ma vie.

    Mais… Mais…
    Elle pourrait répondre quand même.

    - Setsuna ?
    - Hum… pourquoi pas.
    Mon cœur a failli sortir de ma poitrine pour venir mourir sr le sol à ce moment-là.

    3…
    .
    .
    .
    .
    .
    2…
    .
    .
    .
    .
    .
    1…
    .
    .
    .
    .
    .
    - Hum… en fait, non.
    Je me suis cassé en mille morceaux.
    - Mais… tu disais... à l’instant…
    - J’ai changé d’avis.
    - Mais… pourquoi ?
    - J’ai mes raisons.
    Elle lécha le bout de ses doigts pour récupérer les dernières miettes de son pain au melon.
    - Dis-toi qu’on est sortis ensemble 3 secondes.
    Elle se leva, jeta le sachet de son pain au melon dans la poubelle se retourna vers moi, s’essuya les mains sur sa jupe, me lança un petit sourire.
    - À plus !
    Et elle partit.
    Comme ça, sans rien dire de plus.
    Je suis resté là, bouche bée, pendant plusieurs minutes.

    - Dis-moi, je t’ai fait du mal à ce moment-là ?
    - Quel moment ?
    - Quand je t’ai rejeté ?

  • - Ben écoute, c’est comme ça. Ce n’est pas grave.
    - Ah, on est arrivés chez moi.
    - O-ok.
    - Merci… Yôma !
    Elle me fait un sourire espiègle pour me dire « je t’ai bien eu ! ».
    J’en étais sûr… Mais bon, tant pis. Ça m’a quand même fait plaisir de faire ce petit bout de chemin avec elle.

  • Je fais demi-tour pour rentrer chez moi.
    Et comme d’habitude en rentrant chez moi, je broie du noir. Je pense à ma famille qui ne m’attend certainement pas, à
    Setsuna qui vient de se servir de moi, à l’école qui visiblement m’en veut, à ce monde qui ne veut pas de moi.

    Et je repense à ce but à atteindre et à cette vie qui ne me donne pas de réponses. Car, pour tout le monde, la vie a un but.
    Ou du moins, tout le monde a un but dans la vie. Quel est le mien ?
    Je n’en vois pas.
    Je ne vise pas d’études ou de métier en particulier. Changer le monde ? J’en suis bien incapable.
    « Oui, mais si tout le monde pense comme toi, rien ne changera jamais »
    Quelle phrase stupide. Enfin, je le pense. La volonté d’un groupe n’est valable que si elle est la volonté de chaque personne composant le groupe. Et je suis loin d’avoir une volonté suffisante pour cela. De toute façon, changer le monde en quoi ? Et comment ? C’est bien joli de tirer des plans sur la comète, mais si c’est pour brasser du vent…
    Je ne sais même pas ce que je veux changer dans le monde. Que les gens soient moins cons ? C’est perdu d’avance.
    Qu’ils aient le même état d’esprit que le mien ? Eh bien, 7 milliards de dépressifs chroniques, ce serait du joli… Qu’ils veuillent que ça tourne comme je l’entends ? Hum… pas sûr que j’ai la bonne vision des choses…

    Je n’ai aucun but.
    J’erre tout seul sur le chemin de la vie sans but. À quoi cela sert-il ?
    Quelqu’un qui marcherait seul sans point d’arrivée finirait très certainement par faire marche arrière. Le problème, c’est que dans la vie, impossible de revenir au point de départ.
    Certains pensent que la mort est un recommencement. Je n’en sais rien et je n’ai pas envie de tenter le diable.
    Même en étant le plus malheureux possible, je n’ai jamais pensé au suicide. Je trouve ça plus stupide qu’autre chose. Je ne me moque pas des gens qui se sont suicidés, je trouve juste que ce n’est pas une solution en soit.
    Même si c’est dur, je préfère affronter la vie de plein fouet.

    Je commence à traverser le pont qui enjambe la rivière de la ville. La pluie redouble d’intensité et le vent se renforce de manière brutale. La tempête semble s’installer pour de bon, à tel point que j’en ai peur pour mon parapluie.
    Une voiture arrive en face de moi et a l’air un poil en perdition à cause de la tempête. Elle commence à s’engager sur le pont.
    Je la vois déraper, elle part en aquaplaning.

    Le conducteur perd le contrôle de son véhicule qui commence à faire de gros travers.
    À quelques mètres en face de moi, la voiture, devenue vraiment incontrôlable, monte en partie sur le trottoir, la partie avant fonçant sur moi.
    Mon sang se glace, elle va me percuter, c’est sûr.

    Arrivée à quelques dizaines de centimètres de moi, une seule échappatoire s’offre à moi : sauter. Par-dessus le pont. Je m’exécute sans me rendre compte de l'idiotie de la chose.
    C’est stupide, mais je n’ai qu’une seule possibilité : mourir.
    Soit écrasé par la voiture, soit noyé ou déchiqueté sur un pilier du pont. J’ai certainement préféré mourir quelques secondes plus tard et profité de la vue.

  • Je tombe en arrière. Je chute.
    C’est une sensation énigmatique.
    *DLING*
    J’entends une cloche qui tinte dans la nuit.

    Le temps semble s'être arrêté.
    J’ai peur, mais je me sens aussi libéré.
    Je n’ai jamais pensé à me suicider, mais, maintenant, je ne sais pas si c’est pas la meilleure solution. Je vais mourir, mais pas en me suicidant, remarquez.

    Je me sens partir. C’est peut-être une chance.
    Je tombe lentement dans le vide, très lentement, comme si le temps me permettait de me rendre compte de la proche fin et qu'il voulait que je réfléchisse.

    *DLING*
    Je ré-entends cette cloche.
    Est-ce la cloche funèbre qui sonne ?
    Je m’attendais à quelque chose de plus grandiose quand même. Voir défiler ma vie, la lumière blanche, tout ça.

    Je sens que je vais perdre connaissance.
    J’essaye de me remémorer quelque chose de joyeux pour finir sur une bonne note. Mais je ne vois pas.
    Je vais finir sur une pensée noire. Tant pis, on a ce que l'on mérite..

    Mes yeux se ferment tous seuls, je vais m’endormir une dernière fois.
    *DLING*
    J’entends une dernière fois cette cloche avant de tomber dans mon profond sommeil.

  • Après un sommeil qui m'a semblé être une éternité, j'ai l'impression de me réveiller. J’entends la pluie tomber sur le sol et les toitures.
    Ainsi que sur moi.
    Le vent souffle dans mes oreilles. Sérieux, ça a l’air trop sympa le paradis.
    J’ouvre les yeux. Le ciel est noir. Il fait nuit. Ça ressemble fortement au ciel que je voyais avant de mourir. Un coup d’œil à gauche.
    Le pont est là, ainsi que la rivière. Je suis au bord de cette dernière. Un coup d’œil à droite.
    Un chat, endormi ?

    Je relève mon dos pour être assis. Ça tire un peu, je grimace.
    Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais je suis en vie. Et ça fait mal. Je me lève.
    Mon parapluie n’est pas trop loin, une chance, je vais le chercher. Je reviens près de ce chat.
    Mais que fait-il là en train de dormir ?
    Je le secoue de mon pied pour le réveiller. Aucune réaction. Je m’accroupis.
    - Ooooooh Oh, le chat ! dis-je en le secouant.

    Aucune réaction, il doit être inconscient. Il a dû tomber là. Il a dû glisser sur le rebord et se cogner en retombant sur le rivage.
    Je ne vais quand même pas le laisser là.
    Je prends le chat et je le mets dans mon blouson tout en le tenant du bras gauche.
    Je remonte tant bien que mal sur la rue longeant la rivière en prenant une petite échelle. Avec un chat dans une main et un parapluie dans l’autre, je vous laisse imaginer avec quelle facilité j’ai réussi la chose.

    L’automobiliste est apparemment reparti. On applaudit bien fort.
    Je finis mon voyage jusqu’à chez moi trempé jusqu’aux os et hagard.
    Je me demande pourquoi j’utilise mon parapluie. Histoire d’avoir l’air normal peut-être.

    J’arrive chez moi.
    Personne ne m’y attend. Je suis un peu surpris. Je vais dans la cuisine. Ma sœur est là, assoupie.
    Je vois qu’il est 1h30 à l’horloge. Je pense avoir compris pourquoi personne n’est venu me houspiller. Elle devait certainement m’attendre, mais s’est endormie.

    Je suis donc moi-même resté inconscient 7h/7h30.
    C’est pour cela que je ne sens pas le sommeil m’envahir, mais plutôt une grosse gueule de bois.

    Je monte dans ma chambre et je dépose le chat sur mon lit en attendant mieux.
    Je vais chercher deux serviettes dans la salle de bain et je récupère un oreiller dans le placard du linge de maison.
    Je récupère un petit bout de viande dans le frigo si le chat se réveille et qu’il a faim. Je prends aussi un petit quelque chose pour moi.

    Je remonte dans ma chambre.
    Je mets l’oreiller par terre et je pose délicatement le chat dessus. Je le sèche à l’aide d’une des deux serviettes. Une fois cela fait, je m’assois en face de lui à quelques mètres. Je me sèche les cheveux aussi.

    Je commence à manger et je vois le chat se réveiller doucement.

  • - Ah, tu te réveilles, lui lancé-je avec un grand sourire.
    - Tu sais que c'est malpoli de parler la bouche pleine ?
    - Ah, pardon… mais… attends…

    Tu parles ?

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