Mémoirage




Ha ha, vous avez cru que j'allais faire un sujet sérieux ? Raté ! Toi, le faux intello avec les culs-de-bouteille au fond, tu sors.
Non, non ! Reste, c'était une blague. Tu vas voir, tu vas peut-être pouvoir briller à tes soirées faussement intellos en apprenant quelques trucs. Ou pas.

On va s'échauffer doucement sur les sujets abordés, histoire de m'éviter le claquage de cerveau.
Mais ne vous inquiétez pas, je vais attaquer plus sérieusement après.

C'est juste que là, j'en avais grave sur la patate l'autre jour. Tout ce que je vais vous raconter, je l'ai quasiment eu dans une seule journée. Des fois, mon cerveau, il me veut du mal je pense, la personnalité psychopathe doit reprendre le dessus et me charcuter le cerveau. Mouais, ça doit être ça.

Mais de quoi je voulais parler déjà ?
Hum… ça me trotte dans la tête…
Ah oui ! La mémoire !

Il y a des petites choses, quasiment insignifiantes, qui vous énervent et vous enragent presque plus que des grosses. Ces petites choses qui s’immiscent tout au long de votre journée sans vous lâcher, car elles ne viennent jamais seules.

Certaines de ces choses viennent directement de notre cerveau.
Parce qu’il faut se l’avouer, notre cerveau nous prend régulièrement pour un con, sans se rendre compte lui-même qu’il s’auto-fait chier.

Et les embrouilles de cerveau qui font souvent le plus rager sont celles dues à notre superbe stockage d’informations : la mémoire. C’est fou comme cet outil nous semble à la fois surpuissant et par moment complètement débile.
Car la mémoire s’amuse à nous jouer de vilains tours.
Ceux que je vais décrire m’arrivent personnellement, peut-être vous arrivent-ils aussi, j’en suis convaincu pour la plupart d’entre eux. Je suis peut-être plus enclin à les avoir…



Je manque mes mots

Le plus énervant de tous est certainement celui-ci.

Vous êtes par exemple en train de faire une bonne discussion avec quelqu’un, peut-être même un débat, voire une présentation. Tout va bien, vous êtes au top de votre forme, jamais vous n’avez été aussi bon orateur, la classe internationale tout ça.

Vous commencez la phrase la plus mémorable de votre vie, celle dont tout le monde se souviendra, celle qui vous vaudra les louanges de l’Académie française et le prix Nobel de littérature (mais oui, même si c’est oral, chuteuh). Et là, c’est le drame. Vous ne pouvez pas finir cette phrase car, comme de bien entendu (oui, j'utilise des expressions inusitées depuis au moins trois fois mon âge et je vous *bip*), pour vous couper dans votre élan, un mot vous échappe et vous vous arrêtez brusquement.
Ce mot, vous le connaissez, vous en êtes sûr. Vous avez les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte tellement il est près d’être prononcé.

Mais il ne vient pas. Y a rien à faire.

C’est la panique dans votre tête. Vous êtes à la fois honteux de ne pas continuer votre phrase et apeurés à l’idée de ne pas le trouver, à la fois pour sauver votre image qui s’écorne de plus en plus à chaque seconde qui passe et pour vous rassurer quant à vos capacités mentales.

Vous faites même participer vos interlocuteurs dans une espèce de gloubi-boulga qui ne ferait pas trouver le mot aux meilleurs joueurs de Pyramide. Vous tentez même le coup en 3 briques avec « truc », « machin » et « bidule », mais toutes les personnes autour de vous ne sont que des ignorants qui vous font perdre votre temps.

Pourtant, vos explications sont claires : « *début de la phrase la plus mémorable du siècle* Le mec, le con, il a dit qu’il faisait une analyse *court-circuit et extinction des lumières dans la chambre du haut* heu… mince… *yeux écarquillés et bouche ouverte* Rooooh, mais quand même ! *sueur sur le front apparente* *joues rougissantes* Mais tu sais ! Le truc là ! En rapport avec cette chose ! *mouvements aléatoires des mains* Mais si ! Quand quelqu’un dit quelque chose pour que… mais en fait non ! Je l’ai sur le bout de la langue *tapote ses doigts sur ses lèvres* c’est un truc philosopho-machin-bidule, avec les églises et tout *vient de perdre son interlocuteur* C’est sûr, ça commence par « g », et ça finit par « ante ». Un truc qu’on fait quand on est pas d’accord *parcourt tous les mots commençant par « g », y compris « gorille »* C’est pas possible quand même ! *rallumage du cerveau* Ah oui ! Iconoclaste ! J’en étais sûr ! »
(Si votre interlocuteur ne connaît pas le mot iconoclaste, il va comprendre que c’est un mouvement philosophique en désaccord avec l’Eglise et tant pis pour lui)

C’est chiant, hein ?

Ce trouble s'appelle l'aphasie amnésique. Mais ne vous inquiétez pas, pour que ça devienne une pathologie grave, il faut s'arrêter tous les 2 mots.



J’ai des images plein la tête

Une variante de la première, mais avec des images.

Mais là, vous êtes seuls à bord. Point d’interlocuteur à embêter, votre cerveau est l’unique champ de bataille, seuls quelques marmonnements et interjections préviennent les personnes extérieures de votre délire interne.

Il arrive par moment où, ne sachant pas pourquoi, vous mangez votre plat de pâtes favori et, tout d’un coup, sans prévenir, vous avez une image qui vous passe par la tête. Vous ne savez pas pourquoi et votre cerveau non plus (enfin, on ne sait pas trop, peut-être que c'est juste histoire de troller). Vous pensiez à vos impôts à payer à la fin du mois et c’est un guerrier qui est apparu dans votre tête. C’est comme le mot de la version précédente, vous le connaissez et vous connaissez la scène de l’image.

Le truc génial, c’est que votre cerveau est assez vicieux pour ne pas vous donner une image assez précise pour que vous trouviez ce que c’est.

Vous avez juste une grosse image floue qui vous rappelle vaguement quelque chose, mais vous savez pertinemment ce que c’est, mais peut-être pas. Le cerveau aime bien nous jouer des tours et nous faire croire que l’on connaît ou se rappelle quelque chose.

Au commencement, ce guerrier a les cheveux bruns.
Non, en fait, orange.
Peut-être bruns finalement.
Hum…
Vous tentez toutes les couleurs de cheveux sans vous souvenir d’exactement la bonne. Bon, ce sera donc brange comme couleur.

Et il porte quoi comme vêtements ? Mais oui ! Ce… ou en fait, non. Vous tentez toutes les combinaisons, mais elles vous paraissent toutes plausibles (même la salopette avec tête de Bisounours sur le torse et casque à cornes style Attila et chaussons super Richard).

Mais au fait, il ne faisait pas quelque chose ce guerrier ? Oui ! Il évitait une arme, un katana, ou une épée. Non, ça paraît trop large pour un katana, mais pas assez pour une épée…
Et il réussit à l’éviter ? Oui, me semble, sauf une mèche de cheveux.
Mais de quelle couleur les cheveux déjà ? Pfff…
Les cheveux coupés tombent sur la salopette. Mais non ! Ce n’est pas une salopette. Rooooh.
Mais sinon, c’est qui ce guerrier et pourquoi ça me rappelle quelque chose ?

Vous y passer des minutes à vous disputer avec vous-mêmes. Là, c’est peut-être tiré d’un film ou d’un manga, mais ça marche avec la réalité. Un souvenir flou, que l’on tente de se remémorer…

C'est comme les rêves. Vous vous réveillez alors que vous étiez en plein milieu d'un rêve. C'était trop génial, vous voliez et puis… Quoi déjà ? Plus vous tentez de vous en rappeler, plus il s'éloigne de vos pensées… pour disparaître à tout jamais…

Mais il y a certains rêves dont on se souvient longtemps, si vous voyez ce que je veux dire.



Souvenirs souvenirs

Le cerveau est le plus vicieux sur les souvenirs et sur ce que l’on croit savoir.

Le déjà-vu (paramnésie) par exemple. Une scène est en train de se passer devant vous et vous avez une sensation étrange, comme si ce qui se passait devant vous était irréel. Vous mettez le doigt dessus : cette scène est déjà arrivée avant et exactement de la même façon, dans le même contexte et les mêmes conditions.

Sauf que vous aurez beau chercher dans tous vos souvenirs, vous ne la trouverez pas. Mais ça vous obsède pendant quelques temps, l’impression que vous êtes ailleurs, l’impression d’avoir fait un saut dans le temps.
Non mais en fait, c'est votre cerveau qui vous mène en bateau.

Il y a plusieurs théories là-dessus mais, à cause de la difficulté à produire des cas de déjà-vu à la demande chez des patients, elles sont impossibles à vérifier.

La plus probable, et la plus censée, serait que le cerveau ferait un rapprochement entre la scène en train d'être vécue et un souvenir proche. Le cerveau ferait fi des détails et croient les scènes identiques. Il y a de grandes chances qu'il s'agisse d'un souvenir incomplet ou mal enregistré en mémoire (problème d'encodage ou de consolidation).
Cela pourrait aussi être dû à la création d'un faux souvenir spontané. Votre cerveau voit la scène, la capitalise en mémoire, il s'éteint, se rallume, voit la scène et la rapproche avec le souvenir précédent. L'impression de déjà-vu serait accentuée par une perte de la notion de temps entre l'arrêt et le redémarrage du cerveau (me regardez pas comme ça, il arrive que notre cerveau arrête son activité pour la reprendre plus tard. Plus tard ne représentant que quelques pouièmes de seconde).

Dans le même ordre d’idées, vous voyez quelqu’un, vous n’y prêtez peut-être pas attention. Et puis vous le regardez de nouveau. Pas de doute, vous connaissez cette personne ! Mais qui cela peut-il bien être ? Elle ne vous semble pas si familière que ça, mais pas si éloignée. Ça vous torture, vous devez mettre un nom dessus.

Sauf que vous ne la connaissez pas et votre cerveau monte ça de toutes pièces. Cette personne va se coller vaguement à quelqu’un que vous connaissez vraiment. Et votre cerveau est même pire que ça : il va inventer des souvenirs en remplaçant la personne que vous regardez avec la vraie de vos souvenirs.

Il y a aussi ces fois où vous défendez mordicus un souvenir qui… est faux.
Votre interlocuteur a beau vous donner toutes les preuves possibles et imaginables, vous n'en démordrez pas.

Tous ces phénomènes sont plus ou moins liées à deux choses : le cerveau déteste le vide, mais adoooore la répétition.

Si un souvenir est incomplet, ne vous inquiétez pas, votre cerveau va le remplir avec ce qu'il trouve. Et vous y croirez dur comme fer.
Et plus vous allez répéter ce souvenir, plus il va devenir vrai dans votre esprit, votre cerveau l'encodant et le consolidant un peu plus à chaque fois. Le cerveau est très bête car, pour lui, plus c'est dit ou vu, plus c'est la vérité.

C'est sûr que c'est super pour l'apprentissage, mais pas pour d'autres choses : les mensonges répétés que leurs auteurs finissent par croire, la propagande et la politique en générale, le lavage de cerveau dans tous les domaines, l'éducation donnée par les parents…
Le cerveau ne sait faire qu'avec les informations qu'il a et aime bien combler les vides qu'il a, même par de fausses informations. Un fils de raciste a de grandes chances de le devenir s'il n'entend pas beaucoup d'autres versions et il sera très dur de revenir en arrière.



Les portes de l'esprit

Je terminerai par quelque chose qui arrive à tout le monde. Ne mentez pas, ça vous arrive aussi de temps en temps.

Vous êtes tranquillement dans votre bureau/salon/autres, on va dire sur l'ordinateur. Vous jouez ou bossez, tout va bien dans le meilleur des mondes. Bon, ou pas si vous perdez ou si votre job vous saoule, mais c'est pas ça la question.

Tout d'un coup, vous avez soif. Normal, vous avez le cul sur votre chaise/fauteuil depuis des heures.
Vous regardez votre tasse favorite qui est malheureusement vide. Mouarf. Il va falloir lever ses fesses ! Vous voulez vous refaire un petit thé et allez donc vers la cuisine en prenant votre tasse par la même occasion, histoire de la laver ou préparer le thé directement dedans.

Vous arrivez à la cuisine et… qu'est-ce que vous faites là ?
Impossible de vous rappeler. Pourtant, vous êtes bien venus faire quelque chose bon sang.

Bon, vous retournez sur vos pas et vous revenez dans une autre pièce. Ah ! Vous avez votre tasse. Mais oui ! Le thé !
Vous retournez dans la cuisine et… qu'est-ce que vous faites là déjà ?
Rooooh, décidément, vous ne comprenez pas.
Vous vous grattez la tête et vous prenez la tasse en plein visage. Mais oui, ce #?*! de thé. Vous mettez l'eau à chauffer et vous repartez dans votre bureau.

30 minutes passent et vous réfléchissez. N'y aurait-il pas quelque chose que vous avez oublié ?
Vous entendez un drôle de bruit. Mais mais mais… de l'eau qui bout ?
Vous vous précipitez dans la cuisine pour vous occuper de votre thé.

Ce comportement serait en fait dû… aux portes que nous traversons pour changer de pièce.
Elles serviraient de reset de la mémoire prospective pour le cerveau. En gros, si vous passez une porte, il y a un risque que vous oubliez de ne pas oublier de vous rappeler de faire quelque chose. J'espère que c'est clair.
Plusieurs études vont dans ce sens, comme celle-là.



Mémoire en faillite

J'ai enfoncé des portes ouvertes, ce qui va me permettre d'oublier ce billet sans queue ni tête.

Même si la mémoire nous joue parfois de sales tours, il faut avouer qu'elle reste une des choses les plus puissantes et fantastiques en nous. D'une capacité gigantesque, à tel point qu'on se demande comment et pourquoi on oublie, mais peut-être trop, ce qui peut engendrer des problèmes mineurs.

Mais bon, comparez ce qu'il se passe dans votre tête et les bugs sur votre ordinateur, vous verrez qu'on a encore beaucoup de chemin à faire avant d'arriver au même résultat…

Et vous, votre mémoire vous joue-t-elle des tours ?





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