Le franc-parler trop et moi




Je me suis longuement demandé par quel sujet j'allais démarrer ce blog.

Ce n'est pas facile de trouver un sujet qui intéresse, qui n'a pas été traité 3 millions de fois ou qui ne semble pas exceptionnellement personnel et égocentrique. Pas de chance, je saute à pieds joints sans peur et sans protection dans cette dernière catégorie. Pourquoi ? La raison est plutôt simple et cohérente en fait.
Cela a commencé avec une "discussion" sur Facebook. Un ami a mis un statut qui ressemblait fort bien à un de ces jeux stupides qui tournent sur Facebook (vous savez, ceux qui font mettre des statuts qui cherchent à jouer sur la crédulité de vos amis, qui croient à tout puisque ce sont vos amis, pour ensuite leur signifier que vous leur avez fait la plus grosse joie, tristesse ou peur de leur vie envers vous et qu'ils sont tombés dans le panneau et doivent le faire eux-mêmes etc... cercle infernal) et au lieu de critiquer le jeu en lui-même (ce qui aurait certainement engendré la même chose au final), j'ai critiqué le fond du message. Mais bref, ce n'était pas le problème, on s'en fout, c'était histoire de poser le contexte. S'en est suivi quelques commentaires plus ou moins sympathiques pour en arriver à la question existentialiste : Que vaut-il mieux ? Mal écrire ou parler trop ?

Pour ma part, la réponse était assez simple et évidente, mais ça importe peu, c'est pas là le sujet.
Non, cela m'a fait penser à quelque chose. Une chose dont je n'ai quasiment jamais parlé, mais qui fait souvent beaucoup parler de moi, en bien comme en mal, et souvent à mon insu. Car même si beaucoup de personnes en sont allées jusqu'à même débattre de cela, je n'ai jamais vraiment donné ma propre opinion.
Cette chose est ma propension à parler trop et à dire ce que je pense sans détours, ce que l'on appelle communément la franchise ou le franc-parler.

Et je pense que c'est un sujet idéal d'ouverture de mon blog, pour poser les bases de ce que vous allez lire. Histoire de vous montrer à quoi vous attendre (même si vous avez déjà certainement un aperçu avec cette introduction odieusement longue).



La concision

Il y a donc deux composantes principales dans ma manière de m'exprimer, qui se voit encore plus à l'écrit.

La première est que lorsque j'écris, j'écris beaucoup. De longs discours qui ne veulent pas dire grand-chose la plupart du temps, les gens finissant par se noyer dans ce flot de mots incessants. C'est comme ça chez moi, je ne peux m'empêcher d'écrire, et d'écrire, et d'écrire jusqu'à plus d'encre car, en grande partie, je ne sais pas résumer ou expliquer de façon concise. C'est certainement dû au fait que je prends très mal les détournements de parole (ou d'écriture) et que je m'obstine donc à ne jamais laisser planer de doute ou de flou dans ce que je dis. Je ne conçois pas non plus le fait de raconter une histoire de la façon la plus courte possible, c'est comme ça.

Cela a quelques avantages et beaucoup d'inconvénients côté lecteurs.

D'abord, quand vous commencez à me lire, vous savez que vous en aurez pour votre argent puisque vous ne serait jamais déçu par la longueur de mes interventions. Si vous avez envie de lire, prenez un de mes textes, je vous assure que ça enlève toute envie, même avant la fin de la lecture.
Un autre avantage est de ne rien rater de ma pensée. Au moins, vous êtes sûrs d'avoir toutes les infos dans ce que j'écris et même plutôt deux fois qu'une. Mais ce n'est pas sans un problème de taille : la taille de l'information. Effectivement, si donner beaucoup d'informations d'un seul coup peut être très louable, en donner trop peut s'avérer risqué. Et un de mes buts bien louables est réduit à néant, car au lieu d'entraîner une soi-disant meilleure compréhension, cela entraîne plutôt une incompréhension si le lecteur n'est pas attentif.

Et là est un autre problème important, puisque qui dit incompréhension, dit débat d'incompréhension. Les gens sont experts dans la sortie des phrases de leur contexte et de l'utilisation conjointe de phrases se trouvant à l'opposé dans la construction (je te prends un truc au début et un truc au milieu, je te dis que c'est pas cohérent en oubliant le cheminement entre les deux). Donc, souvent, et à mon grand désarroi puisque j'adore les débats, il m'est impossible d'avoir des débats avec des personnes peu habituées à mon flux d'écriture ou qui ne sont pas habituées à une longue joute verbale.

Loin de moi l'idée de me montrer supérieur, c'est bien le contraire. J'envie par moment les gens capables d'être concis dans leurs pensées car ils sont plus "accessibles", dans le sens où on ne les laissera pas tomber car ils sont difficiles à suivre. Ne pas pouvoir faire un débat avec quelqu'un ne relève pas forcément d'un problème de personnalités, d'intelligence ou d'autres facteurs de fond, mais plutôt dans mon cas d'un problème de communication. Il est impossible de faire coexister dans un même débat une personne concise dans sa pensée et une qui fait des envolées lyriques à chaque intervention.


Parler trop ?

Ce qu'il faut comprendre là-dedans, c'est que si j'écris beaucoup, ce n'est pas parce que je tente de noyer le poisson, de fuir quelque chose ou de faire fuir les gens.
C'est juste une façon de s'exprimer, comme l'est la concision. Je préfère personnellement parler beaucoup pour me faire comprendre et véhiculer des choses, que ne pas parler assez et laisser des choses de côté. C'est peut-être aussi pour réparer les erreurs commises en étant plus jeune, cette façon d'être renfermé qui empêchaient les gens de me comprendre ou tout simplement de me voir exister.

Je ne vais pas faire une auto-psychanalyse, mais il y a des raisons à cet effusion de mots. Je ne suis de toute façon pas sûr de vraiment savoir moi-même d'où peut provenir cette profonde envie et ce précepte de devoir s'exprimer de façon... étendue allons-nous dire.

Ensuite, si je devais philosopher sur s'il est mieux de parler peu ou parler trop, je dirais que ça dépend de ce que l'on a à dire. En ayant vécu les deux, et des deux côtés, je peux vous dire que chacun à ses avantages et ses inconvénients. Quand j'ai compris que les inconvénients étaient plus "raisonnables" dans le fait de parler trop, j'ai préféré me tourner vers cette méthode, plutôt que de me tourner vers un mutisme qui ne convient à personne. C'est vrai que j'ai fait les deux extrêmes, sans vraiment passer par un niveau intermédiaire. Qu'est-ce que vous voulez, on ne peut pas tous être normaux...


Donneur de leçons

Comme j'ai l'habitude de le dire moi-même, il me manque un filtre au niveau de la conscience qui n'empêche pas certaines choses d'être dites par ma bouche. Si vous ajoutez une fâcheuse tendance à toujours vouloir dire ce que je pense, vous commencez à comprendre que ça peut apporter des ennuis.
Il s'agit donc du franc-parler, chose qui a l'air peu commune chez nous autres les humains et qui n'est pas forcément appréciée par tout le monde.

J'ai aussi une fâcheuse tendance à expliquer la manière dont je vois les choses, à dire ce que qu'il me semble normal de faire ou de ne pas faire et de critiquer ce que font les gens. Ils n'aiment généralement pas ça, être critiqués ou qu'on leur dise ce qu'on pense de leurs actes. On tombe immédiatement dans la jolie petite case "donneur de leçons". Sauf que moi, je m'en fous. Les critiques sont là pour faire avancer les autres et leur mettre en face leur propre morale. Il faut savoir accepter la critique et c'est le problème de la plupart des gens, complètement hermétiques à toutes formes de critiques.

Mon but n'a jamais été de donner des leçons. Chacun fait ce qu'il veut de ce que je dis, je n'ai pas prétention à vouloir changer les gens et encore moins le monde. Seulement, ça m'embête (pour être poli) lorsque quelqu'un dit ou fait quelque chose qui ne me plaît pas et il me semble de mon devoir de lui faire remarquer. C'est à lui ensuite de voir ce qu'il en fait, je ne suis pas à la maternelle pour apprendre aux enfants à lacer leurs chaussures. Chacun est libre de faire ce qu'il veut (dans une certaine mesure), mais ça ne doit pas empêcher les autres de leur dire ce qu'ils en pensent.

Donc non, je n'essaye pas de donner des leçons aux gens, encore moins de les éduquer ou de jouer au papa, ils sont assez grands pour se débrouiller. Je donne juste les clés de ma pensée, aussi juste ou fausse soit-elle, aux gens de voir s'ils prennent en considération ou non.

Ce côté "donneur de leçons" conduit directement à la case "hautain". Non, je ne prends pas non plus les gens de haut, ce que j'ai dit précédemment suffit comme explication.



La méchanceté et l'agressivité

La première chose que les gens reprochent aux personnes franches, et donc à moi, c'est la "méchanceté". Le franc-parler est souvent mal perçu car les gens le résument souvent à une d'envie de faire mal. C'est très souvent comparé à de la méchanceté gratuite.

Ce qui est bien sûr totalement faux. Je m'insurge à chaque fois que j'entends ce discours complètement idiot. JAMAIS je ne suis méchant gratuitement, JA-MAIS. Et rarement méchant dans mes paroles tout court. Je peux l'être, et de façon très odieuse, très maligne (dans le mauvais sens du terme), très froide et je peux être très calculateur. Mais si j'en arrive là, ne venez pas vous plaindre si c'est vers vous que ça se tourne puisque vous l'aurez grandement mérité. Pour me mettre en colère, il en faut. Pour me mettre en colère au point de vouloir verbalement et psychiquement vous le faire payer, il en faut énormément.

Qui dit méchanceté des paroles, dit avant tout agressivité. Je sais reconnaître que je manque parfois de tact, mais je ne suis quasiment jamais agressif.
Mais il y a deux problèmes : les gens n'acceptent pas facilement la critique et les gens n'aiment pas entendre la vérité quand ça les dérange. Donc, de facto, tout franc-parler se présentant sous forme de critique, de sujets sensibles ou de vérités dérangeantes est classé au mieux dans la catégorie "attaque", au pire dans la catégorie "troll". C'est encore plus vrai face à ceux qui ne veulent pas voir la vérité en face.

Je pense tomber plus souvent dans ce genre de réactions que d'autres car en plus de dire ce que je pense, il m'arrive souvent d'être cru et direct, comme un pansement retiré violemment de la plaie. Pourquoi ? Déjà que je parle trop, si en plus je tourne autour du pot, je ne vous dis pas, on est pas couché, autant y aller cash. Alors, il y l'art et la manière de dire aussi. Je suis cash, mais je ne suis pas un monstre, il y a des choses qui s'annoncent d'une certaine manière.
Mon but n'est pas bien sûr de me fâcher avec les gens avec qui je communique, ce serait idiot. Mais les gens font des raccourcis idiots.
"Mais s'il me dit ça, c'est qu'il ne m'aime pas et qu'il s'en fiche, il veut juste être méchant".
Si vous pensez ça de moi, vous avez tout faux. C'est exactement le contraire, je ne te dirais ce que je pense de toi si je ne tenais pas à toi ou si tu ne m'intéressais pas espèce de sombre crétin.


Faut-il dire toute la vérité, rien que la vérité ?

L'adage dit que toute vérité n'est pas bonne à dire.
Je suis contre cet adage car il est incomplet. Dire la vérité est toujours bon, dire absolument toutes les vérités n'est pas forcément bon. Il faut savoir faire la distinction. Je suis absolument contre le mensonge et vois d'un mauvais œil certaines vérités cachées.

Mais attention, cela ne veut pas dire qu'il est toujours nécessaire de dire toute vérité.
L'exemple qui me vient directement en tête est les bébés et leur maman. Vous ne voyez pas où je veux en venir ? C'est pourtant simple. Il est de bon ton qu'une maman vienne présenter son bambin venant de naître aux personnes dont il lui semble légitime d'en parler. On notera donc la famille, les amis proches et, nouveau phénomène énervant, les collègues de bureau. C'est vrai que les collègues de bureau sont super enthousiastes à l'idée de voir un mioche braillant pendant qu'ils travaillent et surtout s'ils doivent s'adonner à la pratique la plus hypocrite au monde : féliciter les parents, et surtout la mère ("c'est moi qui l'ai fait !"), pour ce trop mignon choupinou bébé. Sauf que non, il faut dévoiler cette vérité au grand jour : tous les bébés ne sont pas mignons. Il y en a même des bien moches. Et c'est pourtant le ballet des "Mais qu'il est mignon !" qui exaspère encore plus ceux dont ça va bientôt être le tour. Quand c'est mon tour, point de compliments hypocrites, mais encore moins de propos déplacés. Dire à des parents que leur drôle est aussi laid qu'une hyène, ça fait rarement plaisir. Donc je détourne la conversation vers d'autres sujets en rapport : la santé de la mère, le bonheur du père, la difficulté de s'occuper d'un bébé… Vous essaierez. Les gens adorent qu'on parle d'eux, ils oublieront le bébé.

Bref, vous avez compris le principe.

Après, forcément, la vérité est souvent subjective, chacun possède sa vérité, surtout si la vérité en question porte sur des choses exclusivement subjectives. Comme la beauté d'un bébé par exemple.
Mais aussi subjective soit la vérité, si je trouve utile ou pertinent d'en faire part mon interlocuteur/lecteur, je n'hésite pas. C'est un des facteurs essentiels pour avancer. Et si ça ne plaît pas à la personne, tant pis, c'est qu'elle ne sait pas se remettre en question.



Tu te sens à l'abri derrière ton écran, hein ?

Oui alors non, je suis pareil en vrai.
Je sais que c'est devenu quasiment systématique depuis l'arrivée du net, les gens se sentent forts derrière leur écran et leur clavier. Sous couvert d'anonymat, ils disent des choses qu'ils ne diront jamais en face et sont tranquilles.
Ce n'est pas mon cas. Je suis à l'identique IRL et IVL comme on dit. Et je suis même plus sympa sur le net pour une raison : les paroles s'envolent, les écrits restent. Même virtuellement, les messages restent longtemps, les gens oublient vite les paroles, mais pourront relire les écrits si besoin. Je fais donc doublement attention à ce que je dis.



Le monde des Bisounours

Il y a de ces types de personnes qui, suivant leurs actions, peuvent renforcer ou détruire les mauvaises impressions d'un discours tel que le mien.
La plus importante catégorie est les Bisounours.
Leurs intentions sont toujours bonnes de prime abord, ils ne veulent qu'essayer d'éviter tout conflit ou débordement. À outrance, et souvent au détriment d'une des deux parties. Ils vivent dans un monde où ils pensent qu'on peut éviter tous les conflits et surtout qu'il est sain de ne jamais avoir de confrontation, y compris d'idées. C'est noble comme cause, mais c'est malheureusement faux. On avancerait jamais si tout le monde faisait comme ça.

Donc, si un Bisounours se trouve à mes côtés lorsque un début de polémique enfle, ou même avant qu'il enfle (bisournoursisme préventif), il va tout faire pour l'étouffer dans l'œuf. Il n'y a que deux solutions qui se présentent à ses yeux :
- Minimiser mon propos et dire que tout le monde s'aime et se fait des bisous ;
- Essayer de me défendre si le monde s'écroule sur moi.

Alors, je dois vous dire que je préfère ceux de la deuxième catégorie, car c'est généralement plus utile, mais ils sont malheureusement très rares. Ce sont ceux qui interviennent dans la discussion pour dire qu'ils ne comprennent pas pourquoi on s'en prend à moi car, dans le fond, je n'ai rien dit d'extraordinaire ou de répréhensible. Cela permet généralement d'avoir un regard extérieur aux autres qui finissent par comprendre qu'effectivement je ne disais pas des bêtises. Bon, même si c'est souvent accompagné d'un "Ah bah tu vois, expliqué comme ça, je comprends mieux !" alors que le Bisounours ne fait que me paraphraser ou même carrément me citer. Bon, ça n'aide pas souvent à faire avancer le débat et mettre les choses au clair puisque le but est d'arrêter la discussion net, mais bref, une attaque arc-en-ciel et petits coeurs et tout le monde est content.

Et il y a l'autre catégorie, que je déteste au plus haut point. Ceux qui "enterrent tes propos pour le bien de tous". Le but final est d'arriver au stade où tout le monde fait comme si je n'avais rien dit et qu'on fasse semblant de s'aimer dans la joie et la bonne humeur. Sauf que ça a quatre énormes problèmes :
- Le côté "méchant" est accentué à son maximum et on te catégorise même de "fouteur de merde". C'est génial ;
- Le sujet n'avance absolument pas et recule même, puisque les propos sont enterrés mais les hostilités sont quand même ouvertes ;
- Le "camp adverse" a de facto "gagné", puisque c'est moi qui est venu foutre la merde + tout ce que je dis est au mieux oublié, au pire montré comme chose à ne pas dire ;
- Une fausse bonne ambiance est statutée. Tout le monde doit s'aimer et on fait comme si de rien n'était. C'est pire que si le "problème" (pour peu que c'en soit un) avait été résolu, même dans la douleur.

Top délire.
Et ce genre de Bisounours, y en a partout, tout le temps. Ce qui fait que ma "réputation" de méchant, fouteur de grouille qui dit n'importe quoi, n'importe comment est grossi à chaque fois.
Le summum, c'est quand un Bisounours hisse le drapeau blanc lorsque j'essaye d'expliquer comment je marche dans la discussion, ce qui arrive rarement. C'est le pompon. Le résultat est l'exact inverse de ce que je voulais (à savoir expliquer aux gens comment je marche), ça m'empêche de m'exprimer tout en discréditant et annulant tout ce que j'ai essayé de dire sur ce sujet. Combo fatal.

C'est peut-être pour ça que je fais ce billet et ce blog, personne pour m'interrompre.



En résumé

J'écris beaucoup, je dis ce que je pense et je ne mâche pas mes mots.
Vous êtes prévenus.
Mais je fais très attention à ce que je dis et je ne joue jamais dans la cour de la méchanceté.
Je pense que je ne réponds pas à tout dans ce billet, mais le principal est dit pour éviter les confusions.
D'ailleurs, c'est bizarre, je m'attendais à faire plus long…
Une certaine envie de ne pas parler de soi-même ?





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