L'amour à l'italienne





Il y a de ces couples qui vous font avoir un petit sourire à chaque fois que vous le croisez. Raymond et Ghislaine sont un de ces couples. Mariés depuis 50 ans et toujours aussi heureux que le premier jour où ils se sont rencontrés. Ils filent dans les rues main dans la main, se font toujours le petit bisou du matin et ont toujours ces petits regards complices remplis d'étoiles qui reflètent leur amour.

Les années n’ont pas écorché leur lien qui, au contraire, s’est renforcé au fil du temps. Ils sont inséparables, mais chacun laisse l’autre à ses occupations personnelles. Ghislaine et sa couture, ses messes-basses entre copines et le question pour un champion de l’après-midi. Raymond à quant à lui sa pétanque, ses matchs de foot et un passe-temps bien particulier.

C’est d’ailleurs ce passe-temps qui pourrait bien venir effriter leur si forte relation. Elle devient un peu trop présente dans la vie de Raymond et la patience de Ghislaine commence à s’estomper.

Ce soir-là, c’était la fois de trop. Ghislaine voulut encore parler de son désarroi à son cher et tendre, mais Raymond n’en puis plus. C’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. Ghislaine devait accepter de ne pas être la seule raison de vivre de Raymond. La dispute éclata.

- Tu m’emmerdes ! - Mais Raymond, tu dois te rendre compte qu’elles ont pris une trop grande place dans ta vie ! - Tu le savais quand tu t’es mise avec moi ! Je te l’ai expliqué depuis le DE-BUT ! - Oui… Mais je ne pensais pas que ça prendrait des proportions pareilles ! - Oui, j’avoue, j’ai augmenté les doses depuis quelques temps, mais c’est ce qu’il me faut. J’ai besoin de me libérer de toute cette pression. - Mais quelle pression ? Pourquoi te tourner vers elles ? Pourquoi me repousser ? - Mais tu sais très bien que c’est toi que j’aime ! - Oui, mais ce sont elles qui comptent le plus, n’est-ce pas ?

Les larmes commençaient à naître au bas des yeux de Ghislaine. Elle qui voulait être le seul être dans le cœur de son bien-aimé.

- Ghislaine, tu sais déjà très bien à quel point les regards sont déjà lourds à supporter à l’extérieur, alors s’il-te-plait, ne me fais cette tronche de trois kilomètres de long ! - Et tu crois que c’est plus facile pour moi, hein ? Tout le monde essaye de me réconforter, mais je sens qu’au fond d’eux ils se moquent de moi ! Comment crois-tu que ça se passe au supermarché, chez le coiffeur ou au parc avec Marthe et Rosalie ? Tout le monde me dévisage… - Eh bien, ça ne devrait pas faire autant jaser ! - Ah bon ? Que tu me trompes avec elles ne devrait pas faire jaser !? Le plus dur, c’est quand je sors Mixou…

Mixou, le chien de la famille, qui aurait dû s’appeler Michou, artiste préféré de la mère de Ghislaine, si cette dernière n’avait pas eu un léger problème d’élocution. Mère de Ghislaine qui, jusqu’à son départ, n’a jamais voulu donner sa bénédiction pour la relation entre Raymond et Ghislaine, à cause du sujet de cette dispute.

- Mais je ne lui ai rien fait à Mixou ! - Les gens se le demandent ! Et si ma mère était encore là, qu’est-ce qu’elle dirait… - Allez, ramène-là encore avec cette vieille cruche ! C’était vraiment un soulagement de s’en débarrasser l’année dernière ! - Raymond, tu es odieux ! - Bah quoi ? Elle est juste à la maison de retraite, tu vas pas me chier une pendule… - Vraiment, qu’est-ce que je vais faire de toi ? - Je vais peut-être aller faire un tour tiens. Je vais promener Mixou. - Ah non ! Je ne veux pas que tu sois tout seul avec lui !

Si Ghislaine était si inquiète pour son canidé adoré, c’est que Raymond avait décidé de ne plus cacher sa véritable nature depuis qu’il a regardé un reportage du Groland.

Oui, comme Philandrin, Raymond est quadrisexuel. Et son péché mignon est le gant de toilette rempli de coquillettes chaudes. Il a ce fantasme depuis tout jeune. Serait-ce parce que sa famille a des origines italiennes ? Personne ne le sait. Les premières fois ont été difficiles et Raymond s’est retrouvé plusieurs fois à l’hôpital car il avait mal apprécié la température… C’est pour cela qu’il n’a pas pu le cacher longtemps à Ghislaine. Cette dernière l’a accepté tel qui l’était à l’époque, puisqu’elle l’aimait d’un amour fou. Mais les années passant, sa jalousie n’a fait que s’accroître. Elle surprit Raymond à de nombreuses reprises, mais a toujours décidé de prendre sur elle. Mais c’en était trop, elle ne se sentait plus regardée, désirée…

Raymond claqua la porte avec fracas.

- Ah ! Ils se sont encore disputés à cause de ça ! Qu’est-ce que c’est triste… Un si brave homme, mais c’est vraiment dégoûtant…

Il reconnut la voix de sa voisine Mireille. Le bruit s’était répandu rapidement il y a quelques années. Raymond avait donc décidé de réunir tout le monde afin de confirmer les rumeurs, comme quoi il avait des rapports extraconjugaux avec des coquillettes.

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’il soit rejeté d’une manière extrêmement brutale. Les gens le regardent maintenant avec mépris, dédain et dégoût, les enfants se moquent de lui et l’embêtent. Raymond se rend bien compte à quel point il est difficile de s’intégrer à la société lorsque l’on est différent. Lui qui avait des idées bien arrêtées sur certains groupes de personnes, cette expérience a complètement modifié son jugement.

Il continua de marcher, sans autre réel but que d’aller quelque part où il serait tranquille quelque temps. Etait-ce des larmes ou la pluie qui perlaient sur son visage rubicond ? Certainement les deux. Rejeté par les habitants de son village et laissé par sa femme, Raymond ne savait plus que faire. Etait-ce de sa faute si, d’un coup, d’énormes pulsions le prenaient en visitant le rayon féculents de son supermarché (rayon qui lui est interdit désormais) ? Elles sont là, bien vivantes en lui, et il voudrait le faire comprendre à sa dulcinée.

Mais peut-être l’avait-elle déjà un peu compris.

- Raymooooond ?

Au son de cette voix, Raymond se retourna pour voir apparaître celle qui devait le rattraper.

- Ghislaine, j’ai été stu…
- Ne dis rien !
- Je t’aime, tu sais ?
- Oui, et moi aussi je t’aime. Allez, reviens, je t’ai fait des coquillettes.

Mes petits camarades :
Chloé
Nadège
Lulu
Mémé
Patricia







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