Ce féminisme qui me dérange





Bonjour les gens !

Nous devons dans le défi d’écriture de cette semaine écrire à partir d’une photo. Sujet extrêmement vaste, j’ai longtemps hésité avec de choisir le ton à adopter. J’avais d’abord choisi un ton plutôt dramatique, mais ça ne me plaisait pas. Donc j’étais plutôt parti ensuite vers un ton beaucoup plus décalé et humoristique, mais, en revoyant une photo qui a fait l’actualité cette semaine, j’ai décidé de faire le rapprochement entre ce défi et un article que je veux écrire depuis longtemps.



Dérapage inutile et non constructif

J’ai donc pris une photo qui a fait l’actualité cette semaine et que vous avez certainement vue. Il s’agit de cette FEMEN qui est allée au musée Grévin pour faire ce magnifique acte de décapiter la poupée de cire de Vladimir Poutine, le tout les seins à l’air et avec marqué « kill Putin » (tuer Poutine) sur la poitrine.

Alors, que retenir et comprendre de ce geste ?
Je suis désolé, mais pas grand-chose. C’est typiquement le genre d’action qui ne sert à rien, qui entraîne des réactions contraires à celles espérées et qui dessert la cause qu’elle souhaite défendre plutôt que de la renforcer. C’est ce qu’il se passe lorsque l’on perd contrôle et que l’on en vient à préférer les coups d’éclats aux arguments. Ceux qui sont du côté de Poutine ou qui sont contre le FEMEN sont rassurés dans leur choix, les indécis ne risquent pas d’aller du côté des FEMEN et même ceux qui les soutiennent pourraient avoir dans l’idée de partir car ce genre d’action ne leur plaisent pas.
Personnellement, je n’ai pas compris la finalité de ce geste. Il ne m’a pas choqué outre mesure, mais je me pose juste la question : quel est le but ? Super, tu viens de décapiter Poutine, et après ? Les menaces de mort, c’est très classe. On en vient à ne plus trop savoir ce que veulent les FEMEN, à part choquer et tenir le devant de la scène médiatique. Cela fait bien longtemps qu’elles ne tentent plus de faire passer des messages, mais cherchent plus à choquer qu’autre chose. Elles sont en train de ruiner le travail de milliers d’autres personnes sur les sujets qu’elles « défendent » et en particulier le féminisme.



Terrain dangereux

Tout d’abord, je tiens à préciser que je vais me focaliser sur les points négatifs du féminisme et ne pas faire de généralisation. Le but est de montrer le regard d’un homme, le mien, sur la cause féministe et de montrer pourquoi, à l’heure actuelle, il est difficile pour les hommes ne s’y intéressant pas de plus près de se sentir concernés ou attirés par ce monde. Je vais parler de ce féminisme qui saute aux yeux, celui que l’on voit partout, celui qui prend la place du féminisme qui devrait exister, celui qui est défendu par beaucoup, mais qui reste la plupart du temps dans l’ombre.

C’est avec une appréhension toute particulière que je vais m’attaquer au sujet du féminisme dans cet article. Car, lorsque l’on est un homme, s’infiltrer dans les discussions ou les débats féministes est un peu un acte très dangereux. Et c’est vraiment dommage, car ça ne devrait pas être le cas. Car le but premier du féminisme devrait être une discussion généralisée entre les hommes et les femmes, ce qui n’est malheureusement pas la majorité du temps le cas.
Je ne vais pas y aller par quatre chemins, les hommes se sentent souvent rejetés des causes féministes. C’est mon cas, je me sens souvent rejeté. Alors que j’adorerais parler des problèmes et des solutions à apporter. Mais force est de constater que les articles et les discussions sont tournés d’une telle manière qu’ils ne correspondent qu’aux femmes. Le discours ne s’adresse qu’aux femmes et même, par moment, exclut de manière explicite les hommes.

Et quand les hommes tentent de prendre part à la discussion, donner leur avis ou même ne serait-ce que pour glisser un petit mot, ils sont renvoyés dans leur 22 à vitesse grand v avec des petites phrases du style « Tu ne peux pas comprendre, tu n’es pas une femme » ou « Encore un fondu dans le patriarcat et qui veut nous dicter ce que l’on doit penser ou faire ».

Moi, j’adorerais parler de féminisme avec les femmes autour de moi ou sur les articles/blogs. Mais j’ai peur. J’ai peur des réactions en écrivant cet article, j’ai peur de parler des problèmes des femmes avec elles. Et, je me répète, je trouve ça dommage car on y gagnerait tous.



Incohérence

Et surtout, c’est extrêmement incohérent avec le discours et la cause défendue.
Le but du féminisme est l’égalité homme-femme. Et ça passe par la compréhension masculine de la détresse féminine et des solutions à mettre en place. Alors comment voulez-vous faire comprendre à la gent masculine ce qui ne va pas et ce qu’il faut faire s’ils ne sont pas intégrés aux discussions ? C’est ridicule.
On ne peut pas comprendre ? Expliquez-nous ! Et arrêtez de voir en chaque homme venant donner son avis un misogyne qui veut venir imposer sa loi.

Et pour un mouvement qui prône l’égalité homme-femme, exclure une des parties de la discussion est un peu contradictoire. Comment voulez-vous que l’on s’en sorte ?

Je ne parle même pas des discours remplis de clichés et de généralités contre les hommes. Mais comment peut-on penser combattre des clichés et des généralités en en faisant soi-même ? Tous les hommes sont ci, ils sont comme ça… C’est aberrant par moment… Et la culpabilisation forcée, non merci. Je n’ai pas à me sentir coupable de la situation actuelle et des choses que je ne fais pas. Je respecte les femmes, je suis contre les inégalités et les traitements inadmissibles envers elles.

Arrêtez de nous dire qu’on ne peut pas comprendre, arrêtez de nous dire qu’on ne voit pas ce qu’il se passe, arrêtez de nous dire qu’on est comme ci ou comme ça mais trop bêtes pour le voir, arrêtez de nous dire qu’on ne veut pas que ça change. C’est énervant, inutile, improductif et surtout faux. C’est sympa de nous prendre tous pour des imbéciles, des sans-cœur et des misogynes, mais n’est-ce pas en complète incohérence avec la cause défendue ?



Morosité ambiante

Ce qui me dérange pas mal dans la plupart des discours actuels sur beaucoup de sujets, c’est la facilité vers laquelle ils se dirigent vers un discours fataliste et alarmiste au possible sans ménagement et sans autre ton. Toujours voir le côté négatif des choses, ne faire que dénoncer.

On est tous d’accord, dénoncer les mauvais comportements, c’est louable, utile et indispensable. Ne faire que ça, c’est aller dans le mauvais sens. Ne faire que dire que telle ou telle chose est mal, qu’il s’est passé tel ou tel truc, que la société a toujours telle ou telle idée. Très bien, il faut aussi avoir ce discours, il est toujours bon de rappeler les mauvaises choses, pour faire prendre conscience de l’état actuel.

Mais il y a plusieurs points qui me dérangent profondément dans ces discours. D’abord, il faut arrêter de voir du mal là où il n’y en a pas. Et c’est surtout vrai dans le féminisme. Il faut arrêter de voir du sexisme partout, des phallus géants partout, du patriarcat dans tous les coins ou de la domination masculine dans chaque fait ou chaque phrase prononcée. Ça devient de l’obsession à ce point-là. Oui, les femmes sont meurtries, mais il faut faire attention à l’excès de morosité. D’une part, ça dérègle complètement la vision des hommes et des femmes sur la société et leur propre personne. C’est une question à se poser, il faut revoir sa vision de la société, mais pas dans un sens extrême comme celui-ci. Il ne faut pas entrer dans le jeu de la surenchère et la victimisation perpétuelle. Ça accentue encore plus le sentiment de mal-être des femmes inutilement et ça braque les hommes.

Personnellement, j’en ai marre de voir tous les jours des dizaines, voire des centaines, de dénonciations féministes alors que ça n’a pas lieu d’être. D’accuser à tort et à travers alors qu’il n’en est rien. Il y a déjà assez d’accusations à faire pour ne pas en rajouter. Il faut arrêter de voir du sexisme là où il n’y en a pas et de faire d’une généralité une particularité. Non, si tu as été virée par ton chef homme, ce n’est pas parce que tu es une femme, c’est que tu étais mauvaise. Non, le juge homme ne t’a pas retiré la garde de ton gosse parce que tu es une femme, c’est parce que tu es une mauvaise mère. Et non, on ne t’a pas fait un contrôle de la CAF particulier pour toi parce que tu es une femme, c’est juste que tu fais partie du groupe « facile à supprimer de la liste des allocataires ». Il faut arrêter de trouver une raison forcément sexiste. Comme on cherche à trouver des raisons antisémites, racistes, xénophobes ou encore homophobes dans beaucoup de choses.

Il faut réfléchir, trouver les causes, arrêter de systématiquement en venir au sexisme ou autres. Sinon, ça entraîne une boucle infinie de morosité sexiste ambiante. Plus on voit de sexisme, plus on a tendance à en voir partout et plus ça augmente. C’est ce qu’il se passe depuis quelques années et ça devient insupportable. De voir se monter des blogs, des articles ou des reportages, des analyses de chaque film, chaque livre ou chaque fait et geste des hommes pour montrer de manière ridicule à quel point ils sont sexistes (en oubliant pas de jouer sur les clichés et en faisant de magnifiques généralités comme j’en ai parlé plus tôt). Les hommes se sentent faussement coupables et les femmes sont encore plus mal à l’aise. On avance beaucoup comme ça.

Il faut avoir la dénonciation juste et, surtout, il faudrait commencer à montrer ce qui marche, ce qui s’améliore, ce qu’il faut faire ! Dénoncer, c’est bien, montrer que ça s’arrange et comment ça s’arrange, c’est mieux ! Ça rassure, ça va dans le bon sens, ça montre le chemin à prendre. C’est bénéfique pour tout le monde ! Il faut enclencher une vague d’espoir et de changement en faisant ça, ne pas rester dans la morosité et la dénonciation facile.
Il y a tellement de choses positives faites autour du féminisme, de choses qui vont dans le bon sens, d’actions bénéfiques, pourquoi ne pas les montrer ?



Crédibilité chiffrée

Mais la chose qui m’énerve le plus dans le discours, ce sont la mauvaise utilisation des chiffres et statistiques, voire l’utilisation fallacieuse des données chiffrées. C’est-à-dire prendre une donnée et lui faire dire ce que l’on veut, la plupart du temps n’importe quoi.

Je ne donnerai qu’un exemple, mais ô combien représentatif de ce qui m’énerve : la différence salariale entre les hommes et femmes. C’est quand même du grand n’importe quoi.
La différence de moyenne salariale entre les hommes et les femmes est d’environ 28 %. C’est un chiffre officiel, on ne peut pas le réfuter. En moyenne, une femme touche 28 % de moins qu’un homme. Oui, mais attention. Le discours féministe là-dessus tend à faire penser que c’est à poste et à compétences égales. Et c’est entré dans les esprits, à tort. Car, en fait, c’est… totalement faux. C’est une moyenne générale, tous postes et toutes compétences confondues. Le vrai chiffre sur les inégalités salariales est, pour l’INSEE, autour de 8/9 % et la plupart des économistes/analystes cadrent la réalité autour de 6 % car l’INSEE n’inclut pas certains facteurs dans ses calculs. Alors d’où vient cette différence ? Eh bien du fait que les femmes font des jobs moins bien rémunérés, plus de temps partiel, les congés maternité, les changements de carrière et j’en passe… Oui, c’est aussi dû à du sexisme ancien dans certains cas (les femmes ont moins de postes à responsabilités, ont souvent été femmes au foyer, plus de jobs ingrats…), mais on ne parle que des inégalités à poste égale et compétences égales, le discours est complètement décorrélé du chiffre.
Alors, c’est sûr, proposer un chiffre de 6 % à la place de 30 %, ça a moins d’impact, ça impressionne moins, ça choque moins… Mais… heu… 6 %, ça devrait déjà choquer, pas la peine d’en faire des caisses ! C’est déjà beaucoup !



Contradictions

Le problème dans tout ça, c’est, que ce soit dans le discours ou dans ce que pensent les hommes, on en arrive à beaucoup de contradictions et de mal à l’aise. Le féminisme est censé avoir comme but l’égalité homme-femme et effacer la domination masculine. Mais, je pense, vu de l’extérieur par les hommes, il y a quand même une impression de volonté de domination féminine, par la force et tout de suite. Ce qui est très en contradiction avec la finalité avouée.
C’est normal de vouloir que ça change, la situation de la femme dans notre société est intenable et horrible et cela doit changer. Mais c’est une mentalité qui doit changer. C’est long, difficile et ça ne peut pas passer dans la douleur.

Surtout que ça peut donner l’effet complètement inverse de ce qui est souhaité. Braquer les hommes, ne pas arriver à leur faire comprendre, ne pas arriver à les faire changer. Les bonnes solutions doivent être trouvée (et pas ces stupides histoires de quota qui sont injustes, discriminatoires et ne représentent pas une bonne solution).

Et le problème, avec ces écarts entre but et réalité, discours et actes, voire même contradictions dans le discours, entraînent une parfaite confusion chez beaucoup d'hommes, voire une incapacité de réaction.

Je prends pour exemple ce qu’il s’est passé pour moi samedi de la semaine dernière.
J’étais à la gare, assis à côté d’une femme et au-dessus de nous, deux jeunes « mâles » s’amusaient à siffler et aborder (de loin) les filles qui passaient.
Et vous ne pouvez pas savoir à quel point ça a été la guerre dans ma tête. C’était un comportement inexcusable de leur part, très déplacé et qu’il fallait réprimander. C’est ce que j’avais envie de faire. Mais d’un autre côté, on dit qu’on ne doit plus être le chevalier sur son cheval blanc de ces dames. Par le passé, en voulant aider des femmes, j’ai déjà eu droit à des « je pouvais me débrouiller toute seule » comme si j’avais voulu démontrer ma domination masculine… Je ne peux pas non plus cacher le petit côté lâcheté, j’essaye de calmer mes ardeurs à avoir des embrouilles avec les gens (ça a déjà tourné en bagarre certaines fois, même si je ne le regrette pas, comme la fois où un charmant jeune homme voulait forcer une jeune demoiselle à lui faire une petite fellation près du village universitaire…) et aussi ce petit côté « de toutes façons, ça ne servira à rien ».
Pendant cinq minutes, je me suis posé la question, jusqu’à ce qu’ils s’en aillent. Et je m’en veux. Car il ne fallait pas se poser aucune question, leur dire d’arrêter, il fallait leur demander s’ils se croyaient intelligents ou respectueux de faire ça… Tant pis si je me fais insulter, cracher dessus ou pire… Il ne fallait pas laisser passer ça…
Bon, s’ils avaient abordé la personne qui était avec moi, c’est sûr que j’aurais réagi, mais c’est égoïste de réagir seulement quand il s’agit des personnes proches de nous…

Bref, je suis souvent perdu, comme beaucoup d'hommes je pense, lorsqu’il s’agit de ce genre de sujets…



Ce féminisme qui doit gagner

C’est pour ça que j’aimerais bien qu’il y ait plus de féminisme comme je le souhaite : ouvert, qui intègre les hommes, qui les accompagne et trouve les bonnes solutions. Il n’y a pas 36 moyens de faire changer les mentalités, il faut parler, se rencontrer, échanger, avancer ensemble.

Il y a un féminisme comme ça, mais qui ne se voit pas la plupart du temps. Car je dresse un tableau bien noir, mais ce n’est pas une généralité dans le féminisme. Mais celui qui se voit le plus, il faut le reconnaître et je suis désolé de le dire comme ça, mais c’est celui qui creuse encore plus le fossé entre les hommes et les femmes. Et ce n’est pas comme ça qu’on changera les choses.

A mon niveau, j’adorerai parler des problèmes avec les femmes, je suis contre le harcèlement de rue, la culture du viol, le patriarcat, la violence envers les femmes, les inégalités… Je tente à chaque fois que je peux de faire prendre conscience à mes collègues/amis/famille que ce qu’ils pensent/disent/font comme blague ne va pas, que c’est comme ça que ça devrait marcher. Mais quand je vois les articles et discussions qui me semblent 100 % tournés vers les femmes ou qui excluent de facto les hommes, les commentaires qui donnent froid dans le dos, ça m’inquiète et me chagrine. J’ai l’impression de me retrouver entre l’enclume et le marteau, à prendre des coups des deux côtés, à ne plus savoir que faire…

Et c’est dur…


Mes petits camarades :
Chloé
Nadège







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